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samedi 14 octobre 2023

Hi'Mom ! de Brian de Palma (1970) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avant de devenir l'un des plus importants réalisateurs américains à l'échelle mondiale, Brian De Palma s'est illustré à travers quelques longs-métrages qui auront patienter des décennies avant de pouvoir débarquer dans les chaumières. Des courts-métrages tout d'abord, signés entre 1960 et 1966, puis plusieurs longs-métrages, Murder a la Mod et Greetings en 1968, The Wedding Party en 1969 ainsi que Dionysus in '69 et Hi'Mom ! l'année suivante. C'est sur ce dernier que nous allons nous pencher dans cet article avant de revenir, pourquoi pas dans un temps prochain, sur ses œuvres précédentes. La valeur que revêt le quatrième long-métrage de Brian de Palma est on ne peut plus considérable. D'abord parce que tout objet portant sa griffe est forcément d'importance. Ensuite, parce que contrairement à la physionomie quelque peu vieillotte de ce film de fin des années soixante et début des années soixante-dix, celui-ci s'avère étonnamment prophétique. Alors qu'Internet n'est pas encore entré dans nos foyers et que les réseaux sociaux ne sont sans doute encore dans l'esprit de certains qu'un fantasme loin d'être encore envisagé autrement que sous la forme littéraire, Brian de Palma crée un personnage qui sans doute se serait merveilleusement fondu dans l'univers du paraître où se livrent une guerre sans merci influenceurs et autres colporteurs de bonnes et de mauvaises nouvelles. Alors que l'on a longtemps collé à l'image de Robert de Niro celle du cinéaste Martin Scorsese qui lui offrit parmi ses plus grands rôles à commencer par Mean Streets en 1973 ou Taxi Driver trois ans plus tard, on peut considérer qu'après Marcel Carné et Norman C. Chaitin, c'est bien Brian de Palma qui offrit à l'acteur ses tout premiers vrais rôles au cinéma. Robert de Niro tourne ici sont troisième long-métrage aux côtés du réalisateur américain qui lui confie donc le rôle principal de Jon Rubin, jeune cinéaste amateur, ancien vétéran de la guerre du Vietnam (il rendossera d'ailleurs le costume de soldat qu'on lui voit porter sur le dos à la fin du récit pour le futur Taxi Driver), dont l'ambition est de se lancer dans le cinéma. Une idée en tête, le voilà qu'il fait le tour des producteurs de films pornographiques afin d'exposer son idée. En effet, Jon vient tout juste de s'installer dans un appartement totalement délabré. Pourquoi ? Parce que l'une des fenêtres donne directement sur l'immeuble d'en face où il peut épier et filmer à sa guise et grâce à sa caméra de fortune, les activités de celles et ceux qui y vivent. L'occasion pour Jon d'expliquer son projet consistant à filmer à leur insu ces voisins d'en face jusque dans leur plus secrète intimité.


C'est donc sur ce postulat de base que repose Hi'Mom ! Et par extension, sur les ambitions d'un individu en outre mythomane s'inventant des récits dont l'un aura notamment pour but de séduire l'une des habitantes de l'immeuble en question. Des années avant que les chaînes de télévision se laissent aller à la dérive, Brian de Palma se positionne en observateur d'un monde perverti par la luxure (le quartier dans lequel s'installe Jon est gangrené par la prostitution, les peep-shows et les cinémas pornographiques). Le long-métrage s'inscrit également au centre du mouvement Black Panther né quelques années auparavant sous l'impulsion des afro-américains Bobby Seale et Huey P. Newton. C'est ainsi que le héros intègre une troupe de comédiens noirs qui vont très rapidement faire parler d'eux à travers des spectacles revendiquant les droits du peuple afro-américain. Si Hi'Mom ! a plutôt vieilli, il conserve cependant le charme de son époque et rejoint parfois le cinéma ''scorsesien'' dans sa vision de l'Amérique d'alors. L'on décèle déjà la passion de Brian de Palma pour l'emploi du slipt-screen ou ce qui deviendra rapidement l'un de ses leitmotivs : le voyeurisme (thème qu'il magnifiera en outre à travers le formidable Body Double en 1984). Hi'Mom ! s'inscrit également dans la recherche d'un cinéma du réalisme à travers des micro-trottoirs effectués auprès de badauds ou par l'emploi d'une caméra portée à l'épaule, rendant l'ensemble extrêmement réaliste d'un point de vue visuel même si certaines séquences débordant de folie viennent tempérer le propos. On pense notamment à sa relation avec la voisine Judy Bishop qu'interprète l'actrice Jennifer Salt que le réalisateur avait déjà dirigé dans deux de ses précédentes œuvres mais que l'on retrouvera surtout dans le premier vrai classique de Brian de Palma en 1972, Soeurs de sang ! Extrêmement à l'aise, le personnage qu'incarne Robert de Niro y ment comme il respire avec un saisissant aplomb. Ce qui laisse augurer des séquences absolument savoureuses comme celle lors de laquelle il affecte de s'être trompé de personne lors d'un rendez-vous pour pouvoir séduire la charmante Judy ou le passage lors duquel ils conversent au restaurant. Divertissant, drôle, politique, tourné en couleur mais aussi en noir et blanc, parfois techniquement intéressant, Hi'Mom ! est une œuvre que tout fan de Brian de Palma se doit de découvrir...

 

lundi 13 février 2023

L'impasse de Brian de Palma (1993) - ★★★★★★★☆☆☆

 



 

Il y a ceux qui n'aiment pas les films d'horreur. Ceux qui n'aiment pas les films de cape et d'épée. Ceux qui n'aiment pas les films de science-fiction. Ceux qui n'aiment pas les films d'aventure. Ceux qui n'aiment pas les films de cul (Vraiment ?). Etc, etc, etc... Moi, c'est les films sur la Mafia et sur la drogue. Enfin, à part quelques rares exemples bien entendu. Comme The King of New York et Bad Lieutenant tout deux signés d'Abel Ferrara ou Scarface de Brian de Palma. Tiens ! Justement le réalisateur dont on va parler dans cet article. Je n'adhère donc qu'avec parcimonie au cinéma de Martin Scorsese. Taxi Driver par exemple et surtout lorsqu'il sort de sa zone de confort (After Hours). Dix ans après le chef-d’œuvre Scarface, Brian de Palma, donc, retrouvait l'acteur Al Pacino, immense interprète à la flamboyante carrière et aux multiples rôles de mafieux. Rien d'étonnant à ce qu'on le retrouve alors au générique de L'impasse en 1993, soit dix années après leur première collaboration. Si dans Scarface Al Pacino incarnait un jeune homme ambitieux débutant sa carrière dans le monde de la drogue avec pour objectif de devenir le nouveau parrain, L'impasse suit les aventures d'un homme qui s'est déjà imposé dans le milieu bien avant que le film ne démarre...


Lorsque Carlito Brigante sort de prison après avoir purgé une peine de cinq ans (au lieu des trente années prévues), le monde autour de lui a changé. Bien décidé à prendre sa retraite, s'il y a bien une chose qui par contre est demeurée intacte, c'est son amour pour Gail qu'il retrouvera bientôt. Alors que tout le monde s'attendait sans doute à retrouver Brian de Palma et Al Pacino dans une œuvre uniquement centrée sur la drogue et la Mafia, certains spectateurs se sont sans doute sentis lésés une fois le long-métrage arrivé à son terme. Car s'il y existe bel et bien un domaine dans lequel le réalisateur excelle et se complaît souvent, c'est l'amour. Oui, les histoires d'amour ne sont pas rares chez Brian de Palma et ici comme très souvent, les choses finissent mal. C'est en tout cas ce que semblent vouloir nous démontrer les premières images, sublimement accompagnées par la partition musicale de Patrick Doyle qui prend donc la place d'Ennio Morricone ou Pino Donaggio au générique. Si le changement d'époque ne saute pas directement aux yeux du spectateur, Brian de Palma se sert assez maladroitement de la bande musicale pour tenter de créer un décalage entre le monde qu'a connu Carlito Brigante et celui dans lequel il est désormais condamné à vivre. À ce titre, le film est tout d'abord plongé sous un amas de séquences situées dans une boite de nuit et même en extérieur, de plein jour, où hommes et femmes dansent sur des airs de salsa. Le héros du récit évoque alors cette nouvelle mode qui ne correspond pas à ses goûts : ce disco qui émerge alors puisque l'intrigue se déroule au beau milieu des années soixante-dix. Pourtant, à ce moment très précis, le genre n'a pas encore fait son apparition à l'écran et débarque subitement comme un cheveu dans la soupe...


Une manière pour Brian de Palma d'évoquer le temps qui a passé. Carlito Brigante a beau être devenu un personnage légendaire, une icône du trafic de cocaïne, cette nouvelle génération de trafiquants sans foi ni loi qui règnent désormais sur la ville définit les contours d'un personnage faisant partie d'un passé révolu où ''intégrité'', fidélité et ''valeurs morales'' avaient encore un sens. Brian de Palma qui avait pour habitude de rendre déchirantes des histoires d'amour qui se terminaient mal (Blow Out) semble avoir déjà nettement plus de mal à convaincre ici. Et pourtant, le jeu d'Al Pacino face à Penelope Ann Miller séduit, amuse et touche. Redevenant l'enfant innocent que fut sans doute son personnage. Entouré d'une panoplie de seconds-rôles (dont un Sean Penn en avocat cocaïnomane méconnaissable) comme les chérit habituellement Martin Scorsese, le cinéma de Brian de Palma se fait ici, bizarrement tout petit malgré des séquences qui marquent instantanément les esprits (la tuerie située dans la salle de billard, etc...). L'on retrouve sporadiquement le génie du réalisateur sans qu'il ait pour autant recours à certains des éléments qui participèrent de sa légende (Plans-séquences, Split-screen). Mais ces travelling circulaires, ces contre-plongées ou ces vues subjectives sont bien sa marque de fabrique. Au final, L'impasse est un excellent mélange entre film de gangsters, drame et thriller qui reste cependant en deçà de ce qu'était capable de produite à l'époque l'auteur de Phantom of the Paradise, Body Double ou Les Incorruptibles...

 

samedi 11 février 2023

L'esprit de Caïn de Brian de Palma (1992) - ★★★★★★★☆☆☆


En 1973, le réalisateur américain Brian de Palma étudiait le cas de deux sœurs siamoises dans Sœurs de sang. Un thriller très hitchcockien dans lequel l'auteur d'innombrables chefs-d’œuvres du septième art abordait le thème de la double personnalité. Le Mal, le Bien, confondus en une seule personne, Danielle Breton (l'actrice Margot Kidder), apparemment saine d'esprit mais plus concrètement atteinte de schizophrénie à la suite du décès de sa sœur Dominique. Thriller alliant suspens et épouvante, le spectateur pouvait y découvrir en outre le personnage d'Emil Breton, ancien époux de Danielle et surtout, individu trouble certainement comparable au rôle que tiendra presque vingt ans plus tard l'acteur John Lithgow dans L'esprit de Caïn. Un interprète se démultipliant pour les besoins d'un récit au cœur duquel se situe un couple, l'éducation de leur enfant, un amant et une fois encore cette même schizophrénie qui transparaît à travers les échanges tendus entre le docteur Carter Nix et son frère Caïn. Si tout le génie de la mise en scène de Brian de Palma transparaît moins dans ce long-métrage que dans ses travaux passés et à venir, l'absence de plans-séquences réellement significatifs ou de modèles de split-screen dont le réalisateur est l'un des grands maîtres est rattrapée par ces petits détails qu'il installe ça et là et dont lui seul a le secret. Des objets souvent placés au cœur du récit et justifiant le ballet entre d'une part Carter et son épouse (la délicieuse Lolita Davidovich dans le rôle de Jenny) et d'autre part entre celle-ci et son amant Jack Dante (l'acteur Steven Bauer).


Enrobé d'une esthétique léchée, de décors rassurants (ici, pas de bas-fonds moites et dangereux), L'esprit de Caïn s'insinue dans l'esprit du spectateur comme un rêve éveillé où les repères sont bousculés par une mise en scène, un montage et un script qui s'écartent de toute logique. Carter étouffe Jenny à l'aide d'un oreiller ? Là voilà qui réapparaît quelques minutes plus tard, bien vivante, comme si le crime n'avait jamais eu lieu. Jouant souvent sur les apparences, il ne faut surtout pas s'en laisser compter. Lorsque l'on connaît Brian de Palma l'on sait combien l'homme est capable de manipulations. Et ça n'a jamais été aussi vrai que dans le cas de ce long-métrage dont certaines ficelles se montrent pourtant grossières. Que le réalisateur l'ait envisagé ou non de cette manière, l'apparition presque ''fantastique'' de Caïn à l'écran ne peut signifier qu'une seule chose : non pas qu'il soit passé là par hasard pour aider son frère à se sortir d'une situation périlleuse mais plus simplement qu'il n'est rien de plus rien de moins que l'une des personnalités qui alternativement apparaissent dans la tête de Carter. Brian de Palme explique ce trouble à travers les expériences que menait leur père lorsque les deux frères étaient de jeunes enfants. Mais d'ailleurs, Caïn est-il un être de chair ou de sang ou est-il lui-même l'un des doubles de Carter ? D'emblée l'on retrouve le compositeur italien Pino Donaggio, lequel est une fois de plus chargé d'accompagner l’œuvre du maître du suspens.


Une bande musicale si puissante accompagnée d'une mise en scène exprimant si bien toute les formes que peuvent prendre les émotions, Brian de Palma convainc dès le départ avec ces retrouvailles entre deux personnages dont on ne connaît pourtant encore rien mais qui nous touchent cependant instantanément. Également maître incontesté de la rupture de ton, le réalisateur piège le spectateur dans un étau où se rejoignent diverses émotions. Ici, la séduction et l'effroi à travers un flash-back qui glace littéralement les sangs. Une séquence, elle aussi, accompagnée de violons glissant peu à peu pour nous saisir à la gorge comme le font les images filmées à travers le moniteur d'une chambre d’hôpital. Brian de Palma tourne toujours autour de représentation s'affichant sous divers supports. Se reflétant sur les surfaces prévues à cet effet ou non. L'esprit de Caïn est inspiré. Un peu trop d'ailleurs si l'on compare la multitude de concepts et la courte durée du long-métrage qui empêche le réalisateur de pleinement développer chacune des idées qui émaillent le récit. Dédoublement de la personnalité, adultère, meurtres, enquête policière, séance d'hypnose.... l’œuvre est dense, riche, mais quelques idées sont malheureusement trop rapidement expédiées. Reste que Brian de Palma signe une œuvre intéressante, certes loin des cannons du genre qu'il signa avant et après (Phantom of the Paradise, Obsession, Blow Out et Body Double sont selon moi ses meilleurs films). Une œuvre ambiguë, fantasmagorique, tortueuse, inquiétante et séduisante...

 


dimanche 4 juillet 2021

Blow Out de Brian De Palma (1981) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Témoin de ce qui semble être un accident de voiture, le preneur de son Jack Terry qui était en train d'enregistrer des bruits dans un environnement naturel se jette dans le lit d'une rivière alors qu'un véhicule est en train de s'enfoncer dans ses eaux profondes. Il en extrait Sally Badina, jeune et jolie call-girl qu'il transporte ensuite à l’hôpital. Là-bas, c'est l'effervescence. En effet, Sally était la passagère d'un véhicule conduit par un gouverneur de Pennsylvanie dont le corps sans vie a été transféré à l’hôpital. L'annonce fait grand bruit mais les médias ignorent encore qu'il était accompagné de la jeune prostituée. Cependant, des hommes proches du gouvernement s'intéressent à Jack et lui demandent de bien vouloir taire cette information connue de lui seul. Le jeune homme finit par accepter mais de retour chez lui, et après avoir consciencieusement écouté les enregistrements qu'il a effectué, il découvre que l'accident n'en était peut-être pas un. En effet, en tendant l'oreille, il distingue ce qui semble être un coup de feu précédent l'éclatement de l'un des pneus de la voiture. Jack décide alors de mener l'enquête... Certains considèrent Blow Out comme le meilleur film de Brian De Palma quand d'autres peuvent lui préférer Pulsions, Scarface ou Mission Impossible. Remake du Blow-Up de Michelangelo Antonioni dans lequel le personnage principal incarné par David Hemmings n'était non pas preneur de son mais photographe et inspiré par Conversation secrète de Francis Ford Coppola dont le héros, l'acteur Gene Hackman interprétait le personnage du détective Harry Caul, Blow Out est très objectivement, un excellent film.


Le scénario, écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par Bill Mesce Jr. est un petit bijou qui réserve une multitude de surprises. Film d'espionnage, thriller, romance, Brian De Palma y relate le mensonge et la manipulation sous toutes leurs coutures... Des twists par ''dizaines'' et une œuvre qui n'est tendre ni avec les uns, ni avec les autres. Le gouvernement et les médias sont en première ligne, mais pas seulement eux puisque la délicieuse pomme qu'aimerait croquer le héros interprété par John Travolta semble quelque peu pourrie. Car on se rendra compte plus tard que tout ce qui semblait être né du hasard n'est en fait que le fruit de multiples circonstances volontaires. Nancy Allen interprète la charmante Sally Badina six ans avant d'être la coéquipière de Peter Weller dans le classique de la science-fiction Robocop de Paul Verhoeven. Et l'on découvre alors par exemple qu'elle et le photographe Manny karp (excellent Dennis Franz) fomentèrent un coup visant à faire chanter le gouverneur décédé dans l'accident. Exemple de révélation qui se répète à diverses reprises lors d'un récit où le personnage de Jack Terry utilise ses compétences afin de révéler toute la vérité, au péril même de sa propre existence et de celle de Sally. Naissent de celles-ci, des séquences passionnantes, tel le montage vidéo fait à partir de photographies de l'accident publiées et découpées dans un magasine couplées aux enregistrements effectués par le preneur du son au même moment.


On retrouve l'emploi de techniques chères à Brian De Palma comme le split-Screen ou un superbe plan-séquence filmé en travelling circulaire. Trois ans après avoir mis un terme à la discrète passion qui animait les personnages interprétés par Kirk Douglas et Carrie Snodgress dans Fury, Brian De Palma s'acharne une fois de plus à contrarier les amours de ses héros lors d'un final tragique et bouleversant. D'ici là, Blow Out investit toutes les strates de la manipulation gouvernementale dans un thriller d'espionnage politique intense, ultra divertissant, avec un John Travolta qui avant ça avait surtout marqué les esprits pour son double-rôle de Tony et Daniel dans La Fièvre du samedi soir de John Badham et Grease de Randal Kleiser, une Nancy Allen craquante à souhait et un John Lithgow déjà observé dans Obsession de Brian De Palma cinq ans auparavant et qui dans le cas présent interprète un tueur engagé pour se débarrasser de la jeune Sally. Blow Out, c'est aussi un amour inconditionnel du réalisateur pour le cinéma. Comme il le fera plus tard avec Body Double, Brian De Palma ouvre les hostilités en filmant la séquence pré-générique d'un slasher de catégorie Z pour lequel son personnage principal est engagé comme preneur de son et bruiteur. Un classique du septième art...

 

Fury de Brian De Palma (1980) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Le réalisateur américain Brian de Palma s'est essayé à à peu près à tous types de genres cinématographiques. Thriller, comédie, fantastique, musical, drame, film policier, de gangsters et biopic, guerre, espionnage, science-fiction et ce, avec une quasi constance dans la qualité, du moins jusqu'au tout début des années 2000. Jusque là, trente années d'une carrière émaillée de chefs-d’œuvre, qui pour Phantom of the Paradise, qui pour Pulsions ou qui pour encore, Blow Out ou Scareface. Mais encore faudrait-il citer au moins dix films supplémentaires pour rendre grâce à cette faculté si particulière que le réalisateur eut à mettre au monde d'authentiques classiques du septième art. Un genre auquel Brian De Palma s'intéressa également, c'est l'horreur et l'épouvante. À travers une toute petite poignée de longs-métrages même si dans d'autres circonstances on pouvait en trouver ça et là quelques bribes. D'abord, Carrie au bal du diable, adaptation du roman éponyme qui rendit célèbre son auteur Stephen King. Mais aussi, le moins connu Furie qu'il réalisa deux ans plus tard, en 1978, soit trois ans avant que David Cronenberg ne réalise de son côté Scanners dont le sujet de la télépathie est proche de celui de Furie qui en outre, se penche également sur le cas de jeunes adultes dotés du pouvoir de télékinésie...


En vedette, nous retrouvons le célèbre Kirk Douglas dont nous ne citerons ni ne compterons le nombre de chefs-d’œuvre dans lesquels il tourna durant sa longue carrière d'acteur. Il interprète ici le rôle de Peter Sandza, le père du jeune Robin, trahi par son ami Ben Childress qui l'a laissé pour mort et s'est emparé de son fils afin d'exploiter ses dons de télékinésie. Kirk Douglas qui retrouvera Brian De Palma deux ans plus tard sur le tournage de Home Movies y joue un père décidé à retrouver son fils et à se venger de son ancien meilleur ami. Un traître incarné par l'excellent John Cassavetes, acteur, réalisateur et scénariste américain connu pour avoir été notamment très proche de Peter Falk ou de Ben Gazzara et surtout pour avoir été l'époux de l'actrice Gena Rowlands. John Cassavetes interprète un Ben Childress absolument infâme, un être opportuniste capable de marcher sur ses propres principes par ambition. Ancienne compagne du chanteur de folk et de country Neil Young, l'actrice Carrie Snodgress interprète le touchant personnage de Hester, laquelle travaille aux côtés du docteur Jim McKeever qu'incarne l'acteur Charles Durning (qui fut déjà le détective Joseph Larch dans le morbide et hitchcockien Sœurs de sang de De palma en 1973) dans un institut faisant des recherches sur les personnes détentrices de pouvoirs paranormaux. Hester est un peu le pendant de Miss Andrea Collins, la prof de sport de Carrie au bal du diable qui avait pris sous son aile la frêle adolescente. Mais Hester est aussi et surtout l'incarnation de ces amours contrariés, de cette passion amoureuse se terminant par une tragédie dont Brian De Palma sera coutumier durant une bonne partie de sa carrière (on pense notamment au couple formé par John Travolta et Nancy Allen dans le formidable Blow Out, remake de Blow-Up de Michelangelo Antonioni et influencé par Conversation secrète de Francis Ford Coppola)...


Furie a beau avoir quelque peu vieilli, il n'a cependant rien perdu de son charme même si quelques séquences apparaissent désormais désuètes. Dans le rôle de Robin Sandza, nous retrouvons l'acteur Andrew Stevens et surtout Dennis Franz dans celui du flic Bob et dont le visage est sans doute plus connu que le nom mais qui restera fidèle à Brian De Palma puisqu'on le retrouvera dans pas moins de quatre autres films du réalisateur. Notons qu'au tout début, lorsque Amy Irving qui joue le rôle essentiel de Gillian Bellaver, une télépathe, se promène avec sa meilleure amie, on peut voir dans le tout petit rôle du détective Raymond Dunwoodle l'acteur William Finley qui ne fut autre que le saisissant fantôme du Paradise dans l'un des immenses chefs-d’œuvre de Brian De Palma, Phantom of the Paradise. Avec un sadisme que l'on pouvait déjà lui reconnaître, Brian De Palma s'inspire d'un ouvrage éponyme écrit par John Farris et ''tue'' indirectement l'une des vedettes du film en utilisant la main de celui qu'elle aime. Une cruauté que l'on retrouve parfois chez ce cinéaste, comme peut être par exemple cruel le meurtre horrible commis dans un autre très grand film du réalisateur, Body Double et dans lequel Deborah Shelton /Gloria Revelle était assassinée à l'aide d'une perceuse au foret monstrueux sous le regard voyeuriste de Craig Wasson/Jake Scully. Plutôt sanglant mais aussi peut-être un poil trop long, Furie bénéficie de la partition musicale du célèbre compositeur John Williams, laquelle accompagne chaque séquence et renforçant l'aspect dramatique des événements. Peut-être visuellement moins impressionnant que la plupart de ses longs-métrages en terme de technique d'image, le film offre cependant quelques très belles séquences comme lorsque Amy Irving/Gilliam se saisit de la main du docteur Jim McKeever et voit défiler des images de son passé, tout ceci reproduit en arrière-plan tandis que la caméra tourne autour de l'actrice. Une œuvre que l'on prend beaucoup de plaisir à revoir mais que le jeune public risque peut-être de trouver un brin trop vieux...

 

mercredi 16 octobre 2019

Domino de Brian De Palma (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Brian De Palma, ce fut d'abord Sisters en 1973, Phantom of the Paradise l'année suivante. Puis Obsession en 1976, Carrie la même année puis Pulsions en 1980, Blow Out en 1981, Scarface en 1983, Body Double en 1984 ou encore L'Esprit de Caïn en 1992. Quelques exemples d'une filmographie exemplaire entachée dès l'arrivée des années 2000 et du ''correct'' Mission to Mars. Puis des mauvais Femme Fatale en 2002, The Black Dahlia en 2006 ou encore Passion en 2012 qui demeurait jusqu'à maintenant le dernier méfait de ce très grand cinéaste pratiquement oublié du pays qui l'a vu naître mais encore heureusement adulé dans le notre. Le mérite-t-il pour autant ? À cette épineuse question à laquelle les fans absolus du cinéaste répondront sans la moindre objectivité, ''Oui'', j'aurai tendance à vouloir dire non. Parce que tous les espoirs que j'avais mis sur son dernier long-métrage sorti chez nous sans tapage et uniquement en vidéo aux États-Unis est un ''digne'' successeur de ceux qui l'ont précédé ces deux dernières décennies. Brian De Palma, qui depuis quelques années semblait s'être mis en tête de creuser sa propre tombe vient peut-être aujourd'hui d'y donner le dernier coup de pelle avant de se jeter dans son propre trou.

C'est avec un pincement au cœur teinté d'une absence totale de prudence que j'évoquerai pourtant Domino en affirmant que nous tenons là, sans doute l'un des plus mauvais films de leur auteur. Un thriller parfois si ridicule dans son interprétation, sa mise en scène et tous les artifices qui l'enrobent qu'on passe davantage de temps à dresser la liste des incohérences entre deux sourires gênés. Il faut dire qu'à sa décharge, Brian De Palma n'a pas bénéficié pour l'occasion d'un budget aussi conséquent que par le passé, lui qui a parfois été contraint d'atteindre dans une chambre d'hôtel que les caisses soient réapprovisionnées pour pouvoir poursuivre le tournage.

Domino situe son action dans un futur très proche puisque l'intrigue se déroule en 2020. c'est lors d'une banale intervention dans un conflit conjugal que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft (mollement interprété par l'acteur danois Nikolaj Coster-Waldau) est agressé par un membre de l'ISIS (Islamic State of Iraq and Sham, connu chez nous sous le nom d'État islamique). Après une poursuite sur les toits d'un quartier de Copenhague, le criminel Ezra Tarzi (l'acteur français Eriq Ebouaney) et l'inspecteur font une chute au sol. Le premier est kidnappé par des agents de la CIA tandis que le second perd connaissance. Alors que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft succombe à ses blessures, celui-ci jure à son épouse de tout mettre en œuvre pour remonter la trace du terroriste. Accompagné de la maîtresse de la victime, Alex, le policier se lance à la poursuite de l'assassin à travers différents états, jusqu'en Espagne où les membres d'une organisation terroriste se préparent à commettre un attentat...

Dès les premières minutes, on est saisit par la manière dont aborde le cinéaste le scénario de Petter Skavian. Domino accumule les tares comme si son auteur avait tenté de dresser la liste de tout ce qui peut nuire au bon déroulement d'une œuvre pourtant prometteuse sur le papier. Mais alors que Body Double donnait l'impression que ses personnages évoluaient perpétuellement dans des décors cinématographiques quelque peu envoûtants, ici, l'alchimie a bien du mal à fonctionner. Entre couleurs criardes piochées dans la filmographie d'un Dario Argento peu inspiré, partition musicale d'une confondante puérilité composée par un Pino Donaggio peu inspiré et interprétation monolithique manquant de charme, l'actrice néerlandaise Carice Van Houten n'arrive pas elle-même à retrouver la sensualité d'une Deborah Shelton ou d'une Melanie Griffith du chef-d’œuvre cité au dessus. Retrouvant à peine la grâce lors de l'utilisation sommaire du procédé qui le rendit célèbre, le split-Screen, Brian De Palma galère à faire évoluer ses personnages dans un contexte pourtant passionnant et qui fait partie intégrante des sujets qui depuis un certain nombre d'années émaillent l'actualité.

Bien involontairement, le réalisateur qui paraît ici bien fatigué et sans une once de génie accumule surtout les incohérences et prête davantage à sourire qu'à créer un réel climat d'insécurité. En effet, le spectateur aura l'occasion de grimacer devant cette léthargique et improbable poursuite sur les toits de Copenhague, de rire face à l'immobilisme de cette starlette exhibée devant une nuée de journalistes demeurant inertes devant une terroriste tirant dans la foule, ou encore d'être dépité au moment du final tant attendu lors duquel Brian De Palma sort la carte maîtresse du film, nimbé par le seul instant d'héroïsme écrit par le compositeur italien en forme de boléro arabisant. Domino se conclut aussi légèrement qu'il ouvrait les hostilités et l'on a surtout l'impression d'avoir assisté à un long épisode de série télé policière plutôt qu'au retour en grandes pompes de l'un des maîtres du suspens. Une grosse déception...

samedi 30 mars 2019

Femme Fatale de Brian de Palma (2002) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Mon dernier Brian de Palma remonte à 2000. Soit, dix-neuf ans en arrière. Presque une génération, à quelques années près. Autant dire que j'ai du retard à rattraper même si l'auteur des classiques que sont Phantom of the Paradise (1974), Pulsions (1980), Body Double (1984) ou encore L'Esprit de Caïn (1992) n'a tourné que cinq long-métrages en dix-neuf ans (on attend toujours Domino, son dernier né). Le premier d'entre eux est sorti en 2002, s'intitule Femme Fatale et bénéficie depuis son passage à la moulinette des critiques, d'une réputation relativement peu élogieuse. Le public ne semble avoir suivi qu'en de très petites proportions l'idée centrale du film et la mise en scène de Brian de Palma tandis que la presse s'est partagée, entre enthousiasme et déception...

Pour bien comprendre les raisons pour lesquelles le film n'a pas fait l'unanimité, sans doute suffit-il de revenir sur l'une des premières séquences, d'une durée très légèrement inférieure à vingt minutes, et au cours de laquelle le spectateur assiste à un vol de diamants incrustés dans la robe on ne peut plus légère d'un mannequin venu au bras du cinéaste français Régis Wargnier (qui incarne donc son propre rôle) lors de la projection de son film Est-Ouest au festival de Cannes. Tournée par Brian de Palma, le spectateur aurait pu prétendre assister à un grand moment de mise en scène, et pourtant... la séquence est filmée sans engouement. D'une mollesse qui confinerait presque à l'amateurisme d'un jeune cinéaste voulant imiter ses pairs, la scène se traîne en longueurs sans qu'aucun des enjeux mis en place ne provoque la moindre émotion (ici, la tension) d'un public qui assiste alors à la séquence sans jamais rien ressentir. De plus, la scène est emplie d'incohérences impardonnables de la part du réalisateur. Comment peut-on en effet adhérer à l'idée qu'une jeune femme en éternelle « représentation » puisse passer autant de temps aux toilettes avec sur le dos une robe estimée à dix millions de dollars sans que personne (et surtout pas ses deux gardes du corps) ne s'inquiète de la durée de son absence ? Ou bien que l'un des organisateurs du vol puisse passer à seulement quelques centimètres de l'un des gardes du corps de la jeune femme sans que celui ne s'en rende compte (à croire que les 180° de champ de vision de l'homme ne s'appliquent pas à tout le monde). Et que penser de de cette scène durant laquelle le mannequin se retrouve dans les bras de l’héroïne complice du vol incarnée par l'actrice Rebecca Romijn ? Enfermées toutes deux dans les toilettes, à s'ébattre, tandis que de l'autre côté de la porte, et alors que la première débarrasse la seconde de sa robe de diamants par petits bouts, le voleur échange chaque parcelle de celle-ci par des faux ? La séquence ressemble à une chute de Mission Impossible que Brian de Palma aurait choisit de foutre aux ordures avant de la réemployer six ans plus tard en 2002. Une séquence enrobée d'un boléro très inspiré par celui de Maurice Ravel et composé ici par le musicien japonais Ryūichi Sakamoto. Notons de surcroît que la scène bénéficie d'un split-screen aussi timide qu'inutile...

Si par la suite le cinéaste fait preuve d'un peu plus de maîtrise en matière de mise en scène, le récit use de raccourcis parfois très gênants et dénotant d'une propension à la flemmardise lorsqu'il s'agit de développer certains aspects de l'intrigue. Une ellipse de sept années permet ainsi de justifier la disparition de l'héroïne incarnant désormais le personnage de Lily que les parents de cette dernière (incarnés par Jean-Marie Frin et Eva Darlan) confondent lors de la séquence succédant celle qui ouvre les hostilités. Une scène hautement improbable mais qui, reconnaissons-le, sème ce trouble dont seul a le secret Brian de Palma. Désormais épouse d'un ambassadeur, l'ancienne voleuse cache son identité pour que ses anciens complices ne puissent pas remonter jusqu'à elle. C'est là qu'entre en jeu l'acteur espagnol Antonio Banderas qui du haut de ses cinq ou dix centimètres de moins que Rebecca Romijn, paraît beaucoup moins charismatique que d'habitude dans son rôle de paparazzi. Pauvre individu que ce Nicolas Bardo qui malgré sa profession de charognard ne voit pas venir ce que lui réserve une Laure Ash/Lily beaucoup moins fragile qu'il n'y paraît. Mais déjà, j'en dis trop.

Femme Fatale réunit un casting pour le moins hétéroclite. Plus que le duo formé par Rebecca Romijn et Antonio Banderas, c'est bien la présence à l'écran d'une foule d'interprètes d'origine hexagonale qui fait l'une des particularités de ce vingt-sixième long-métrage du cinéaste américain né à Newark dans le New Jersey le 11 septembre 1940. Eriq Ebouaney et Edouard Montoute incarnent respectivement les anciens complices du vol Black Tie et Racine. J'ai déjà cité également Jean-Marie Frin et Eva Darlan dans le rôle des parents de la véritable Lily. On trouve ensuite l'excellent Thierry Frémont dans la peau de l'inspecteur Serra, un flic particulièrement tenace., et même Sandrine Bonnaire dans son propre rôle (minuscule et silencieux). Au milieu de ce casting pas tout à fait cent pour cent « frenchie », on trouve également les acteurs américains Peter Coyote dans le rôle de l'ambassadeur Bruce Watts et Gregg Henry, un habitué du cinéma de Brian de Palma (six participation au total dont l'inoubliable Sam Bouchard du chef-d’œuvre Body Double), dans celui du garde du corps Leonard Shiff. Au fil du récit, l'intrigue gagne quelque peu en épaisseur même si le long-métrage est loin d'atteindre les qualités des meilleurs de Palma et si les invraisemblances y sont légion. Une œuvre mineure, mais qui de manière générale, se hisse tout de même bien au dessus de la purge Mission to Mars que le cinéaste avait réalisé deux ans auparavant...

jeudi 11 octobre 2018

Cycle Stephen King : Carrie au Bal du Diable de Brian de Palma (1976) - ★★★★★★★☆☆☆



Carrie au Bal du Diable revêt, dans la carrière de l'écrivain Stephen King et du réalisateur Brian de Palma, une importance considérable. Pour le célèbre écrivain, il s'agit du premier roman, qu'il aurait paraît-il conçu sur une machine à écrire installée dans un réduit, sur une machine à laver. Écrit en 1972, accepté par la maison d'édition Doubleday en 1973 et publié en 1974. Le succès est instantanné sur le territoire américain puisque dès la première année, Carrie se vend à hauteur de 13 000 exemplaires, soit presque la moitié de ceux qui sont alors mis en circulation. Deux ans plus tard, le cinéaste Brian de Palma s'empare du roman après l'avoir lu sur les conseils d'un ami et réalise donc son adaptation au cinéma sur la base d'un scénario écrit par Lawrence D. Cohen. Lorsque le cinéaste débute le tournage de Carrie (titre original qui conserve toute la simplicité de celui du roman), il n'a derrière lui qu'une poignée de courts-métrages mais déjà neuf longs-métrages dont Sœurs de Sang (qui est déjà, un hommage à son mentor Alfred Hitchcock), l'extraordinaire comédie fantastique et musicale Phantom of the Paradise, ou encore l'excellent Obsession. Carrie au Bal du Diable n'est donc pas sa première incartade dans le domaine du fantastique mais l'une des rares dont il confiera l'écriture à un autre. Il y exploite à nouveau le principe du Split-Screen (écran partagé permettant divers points de vue d'une même séquence) auquel il donnera ses lettres de noblesses à travers plusieurs de ses longs-métrages.

Pour l'actrice Sissy Spacek, Carrie au Bal du Diable revêt également une grande importance puisque si cette jeune femme qui a l'époque du tournage avait déjà 27 ans alors qu'elle en paraît dix de moins (le film évoque une adolescente de dix-sept ans), a déjà tourné auprès de Michael Ritchie (Carnage) ou de Terrence Malick (La Ballade Sauvage), le rôle qu'elle tiendra dans le film de Brian de Palma demeurera sans doute comme son plus célèbre.

Carrie n'est pas vraiment une adolescente comme les autres. Effacée, timide, et physiquement beaucoup moins gracieuse que ses camarades d'école, elle découvre avec stupeur ses premières règles. Mais la jeune femme, qui vit avec une mère bigote n'a pas conscience de ce qui est en train de lui arriver. Victime des quolibets de la part de ses camarades, elle n'a malheureusement pas l'occasion de trouver chez sa génitrice le réconfort et la paix auxquels elle aspire. Cette dernière ose même lui affirmer que ses saignements sont les conséquences de ses péchés. Trouvant du réconfort non pas auprès de sa mère donc, mais de son professeur d'éducation physique (Betty Buckley, que l'on découvrit chez nous dans la série Huit, ça Suffit!), Carrie semble bénéficier d'un certain relâchement auprès de l'une de ses camarades, Susan Snell (incarnée par l'actrice Amy Irving que le cinéaste réembauchera sur le plateau de Fury en 1978 et que l'on a pu revoir très récemment dans Unsane de Steven Soderbergh cette année), qui toute honteuse du traitement qu'elle et ses camarades font subir à Carrie, va demander à son petit ami d'accepter d'accompagner Carrie au bal de fin d'année. Mais derrière cette invitation se trame en réalité une vengeance organisée par l'odieuse Chris Hargensen (Nancy Allen, Blow Out, Robocop, etc...)

Carrie au Bal du Diable aurait dû être pour la jeune fille, l'entrée dans l'adolescence. Mais grâce ou à cause de ses premières règles tardives, c'est dans le monde des adultes qu'elle va entrer. Ces premières règles sont le signe d'une abondance d'hémoglobine à venir. De ce fameux bal du Diable que souligne le titre. Si Sissy Spacek est littérallement incarnée dans le rôle de Carrie, l'actrice Piper Laurie hante totalement le personnage de Margaret White, la mère de l'adolescente. L’œuvre de Brian de Palma est parfois d'un terrible inconfort, la gamine n'ayant que de très brèves occasions de vivre en paix. Entre ses camarades et sa mère, fanatique religieuse, Carrie est prise dans un étau qui se resserre de plus en plus autour d'elle. La seule échappatoire semble venir de ce don de télékynésie qu'elle semble d'abord ne pas être en mesure de contrôler et qui sera le bras de sa vengeance lors d'un final apocalyptique dominé par un rouge criard. La purification dans le sang. Si quelques images laissent imaginer un film gore (le sang du seau n'est même pas humain), Carrie au Bal du Diable est relativement sobre, avec quelques effets plutôt sympathiques évoquant le pouvoir de Carrie (la crucifixion de la mère étant un première pas vers l’autonomie et la liberté). Le film sortira sur les écrans américains le 3 novembre 1976 et en France le 22 avril de l'année suivante après avoir fait un passage remarqué au festival d'Avoriaz en janvier où il remporta le Grand Prix ainsi qu'une Mention Spéciale pour son interprète principale. Aux États-Unis, le film est nominé à diverses occasions dont les Oscars de 1977 (de la meilleure actrice pour Sissy Spacek et meilleure actrice dans un second rôle pour Pieper Laurie). Stephen King entrait, grâce au long-métrage de Brian de Palma, dans la légende des auteurs de romans fantastiques et d'épouvante...

mardi 5 juin 2018

Terror in the Aisle de Andrew J. Kuehn (1984)



Une salle de cinéma. Des dizaines de spectateurs. Donald Pleasance et Nancy Allen pour nous servir d'hôtes. Terror In The Aisle est une anthologie du film d'horreur-épouvante. On y retrouve des extraits de plusieurs dizaines de classique du genre, et même quelques-uns qui n'auraient rien à faire ici (Midnight Express, Marathon Man, Les Faucons de la Nuit) s'ils n'étaient pas en mesure eux-même de distiller une certaines angoisse. Masacre à la Tronçonneuse, Hurlements, La Nuit des Morts-Vivants, Scanner, Poltergeist, Terreur sur la Ligne, Rosemary's Baby, Alien, le Huitième Passager, Psychose, Phantom of the Paradise et bien d'autres encore représentent ce qui se faisait de mieux au siècle dernier. Du moins jusqu'à l'année 1984, date de sortie de cette compilation qui n'est pas du tout avare en terme de sensation.

Et même si l'on est amateur du genre, que l'on connaît sur le bout des doigts la presque totalité des scènes qui nous sont proposées, le plaisir de les revoir ainsi commentées est un pur bonheur. A e propos, contrairement à la majorité des documentaires, ici, les scènes qui servent de matière aux propos des deux acteurs ne sont jamais entrecoupées de passages explicatifs filmés dans des studios vides ou dans les demeures personnelles de ces derniers. Eux-mêmes sont assis parmi les spectateurs, se fondant ainsi parfaitement dans le décor. Terror In The Aisle a donc davantage les allures d'une fiction agrémentée des commentaires de deux stars du cinéma que d'une simple anthologie compilant les un derrière les autres, des extraits de film.


L’œuvre est d'abord timide dans ses premiers soubresauts. Puis, peu à peu, le rythme s'accélère et prend une ampleur à laquelle on ne s'attend pas forcément. Alors que certains spectateurs s'agitent sur leur fauteuil, les yeux grands ouverts, d'autres les ferment, attendant que les détails les plus sordides du spectacle auquel ils assistent veuillent bien prendre fin. Nous redécouvrons sous un angle différent les œuvres de John Carpenter, David Cronenberg, Tobe Hooper, Brian de Palma ou encore Alfred Hitchcock...

A voir, à revoir, encore et encore...


dimanche 28 janvier 2018

Dressed to Kill de Brian de Palma (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



C'est sans doute l’apanage de beaucoup d’œuvres, et Dressed to Kill (connu chez nous sous le titre Pulsions) ne déroge pas à la règle, mais ce long-métrage de Brian de Palma daté de 1980 a bien faillit arborer un autre visage que ceux de Michael Cain et d'Angie Dickinson puisqu'à leur place étaient respectivement prévus l'américain Sean Connery dans la peau du psychiatre Robert Elliot et la norvégienne Liv Ullmann dans celle de Kate Miller. Mais le premier ayant d'autres engagements (au hasard Meteor de Ronald Neame et Outland : Loin de la Terre de Peter Hyams) et la seconde considérant le scénario de Brian de Palma par trop violent, c'est donc Michael Cain et Angie Dickinson qui prirent leur place. Une situation qui bénéficiera finalement aux spectateurs car le britannique et l'américaine ont su parfaitement intégrer leur personnage dans une œuvre qui une fois de plus chez Brian de Palma, rend hommage à l'illustre Alfred Hitchcock. Ici, les sources d'inspiration du cinéaste américain dont la période la plus intéressante, selon les goûts de tel ou tel spectateur, pourra s'échelonner de 1973 avec Sisters, que beaucoup considèrent avoir bien mal vieilli, jusqu'à Raising Cain datant de 1992 (d'autres argumenteront surtout au bénéfice de l'adaptation cinématographique de la série Mission Impossible qu'il réalisera quatre ans plus tard) lorgne du côté de Sueurs Froides et de Psychose, ce dernier auquel le cinéaste rend hommage par deux fois à travers une scène d'ouverture et une conclusion en forme d'épanadiplose. La fameuse scène de la douche de l’œuvre d'Hitchcock prenant ici une forme éthérée à travers des travellings toujours plus lents.

 
Brian de Palma, encore une fois, use de techniques dont il a très vite appris à se servir. Le split screen étant l'un des principes dont il s'est fait une spécialité afin de mettre en scène des actions située dans un espace-temps concordant. C'est la seconde fois en cette année 1980 que Brian de Palma tourne au cinéma et la seconde fois également qu'il offre un rôle à l'actrice new-yorkaise Nancy Allen, que l'on verra une fois encore chez Brian de Palma dès l'année suivante dans le remake du Blow-Up de Michelangelo Antonioni intitulé Blow Out, laquelle interprétera le rôle de Sally aux côtés de John Travolta. Plus tard, on retrouvera l'actrice dans deux longs-métrages qui compteront comme parmi les plus importants de sa carrière : Philadelphia Experiment de Stewart Raffill en 1984 et Robocop de Paul Verhoeven en 1987. Michael Cain sort du tournage de l'assez navrante suite de L'Aventure du Poséidon qu'avait réalisé en 1972 le cinéaste Ronald Neame (Le Dernier Secret du Poseidon d'Irwin Allen, 1979) et de L'Île sanglante de Michael Ritchie, quant à l'actrice Angie Dickinson, on la vit précédemment dans L'Homme en Colère de Claude Pinoteau aux côtés de Lino Ventura et Klondike Fever de Peter Carter.

Avec Pulsions, Brian de Palma prolonge son goût du suspens en offrant des scènes dont la longueur frise l'hypnotisme, à l'image de celle durant laquelle il explore le personnage incarné par Angie Dickinson jouant au chat et à la souris avec un inconnu avec lequel elle aura ensuite une relation adultère. Une étrange sensation parcourt l'échine. Entre le jeu de séduction, l'acte assez peu avouable où l'on découvre une Kate un brin nymphomane et cette dérangeante rupture de ton qui fait passer ce moment d'intimité romanesque pour un acte sale appuyé par la révélation d'un courrier adressé à l'inconnu et lui signifiant qu'il a contracté une maladie sexuellement transmissible. Un fait que se révélera finalement insignifiant au regard du tragique événement qui viendra mettre un terme à la collaboration d'Angie Dickinson au long-métrage de Brian de Palma. Le cinéaste joue avec un malin plaisir sur le ressenti du spectateur en battant le froid et le chaud avec une régularité bien à lui. La bande originale composée par le fidèle Pino Donnagio a beau planer au dessus de l'oeuvre du cinéaste, cela n'empêche pas à Pulsions d'aborder des sujets aussi délicats que certains troubles de l'identité sexuelle. Transsexualité ! Le mot est lâché. Une maladie traitée sous l'angle de la folie par un Brian de Palma qui aime ses interprètes et se complaît parfois à les filmer durant de longues minutes. Parmi la petite trentaine de longs-métrages du cinéaste, Pulsions est souvent considéré comme l'un de ses tout meilleurs. Et il est vrai que celui-ci est excellent. De par l'interprétation (n'oublions pas les présences de Dennis Franz dans le rôle de l'inspecteur Marino et de Keith Gordon, qui fut le très marquant Arnie Cinningham de Christine, dans celui de Peter Miller, le fils de Kate) et la minutie avec laquelle Brian de Palma a exploité sa mise en scène. A noter que cette œuvre fut inspirée par la jeunesse du cinéaste lui-même. Un classique...
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